Les avocats du diable, ou les faux arguments des banquiers.

Enlever le pouvoir de créer la monnaie aux banques privées, et le redonner  aux banques centrales, permettrait aux états d’emprunter à taux zéro et de réaliser des investissements de services publics  nécessaires à la population. C’est ce système dit de crédit public qui était en place  en France pendant la période des « trente glorieuses ».

Cette histoire de la prise de pouvoir des banques est si grosse que bien des gens ont eu du mal à y croire. Pourtant, il faut le répéter, il ne s’agit pas là de faits tenus secrets, il ne s’agit pas de complot, car tous ces faits peuvent être retrouvés dans les manuels d’économie financière ou d’économie politique.

Alors, on peut se demander pourquoi l’immense majorité des médias ont si longtemps évité ce sujet, et l’évitent encore.

Pour les journaux liés de près ou de loin au capitalisme financier, on peut le comprendre, c’est leur intérèt… Mais pourquoi donc des partis ou des journaux qui se disaient « de gauche » étaient-ils, et sont-ils encore aussi silencieux? Y-a-t-il une loi du silence ? Ce serait faire insulte à la mémoire de certains hommes politiques et de bien des journalistes, que de le croire. Nous préférons plaider leur bonne foi.

En fait, l’oligarchie financière, pour éviter que ces informations ne viennent à la connaissance du plus grand nombre, a joué sur trois tableaux:

1- La maîtrise des grands médias , dont les financiers sont actionnaires. Il s’agit ici d’une vraie loi du silence, acceptée par toute la pyramide des employés. Il n’est pas exclu aussi, qu’à l’échelon des journalistes, joue le processus bien connu des psychologues, qu’ils nomment « dissonance cognitive » . Par ce processus , un journaliste à qui on interdit de divulguer certains faits fini par les considérer comme faux, ceci afin que ce qu’il écrit reste en concordance avec ce qu’il pense. La fable de La Fontaine « Le renard et les raisins » est un bel exemple de ce processus très courant.

2- La simplification populiste. Le populisme, c’est rappelons-le un état d’esprit qui considère que les classes sociales les plus défavorisées ont un niveau intellectuel bas, et que l’information qu’on leur adresse doit être spécifique. En France, plusieurs partis adoptent une attitude populiste , sans l’afficher car ce mot a pris un sens péjoratif. Le parti communiste est un exemple frappant de l’évolution vers le populisme. Alors que ce parti était né d’une analyse intellectuelle profonde , il a progressivement dérivé vers une attitude de condescendance à l’égard des « classes » populaires, en ne délivrant que des messages infantilisants.

Dans l’esprit populiste, le système de création monétaire est jugé « trop compliqué » pour être expliqué aux clases défavorisées. On notera que ces partis, ne citent presque jamais le capitalisme « financier » , mais en restent au bon vieux concept de capitalisme « tout court ». Une attitude populiste consiste en effet à conserver les bons vieux concepts éprouvés , toute évolution étant considérée comme un effort intellectuel peu propice à la compréhension pour les masses .

3– Le faux argument de l’inflation. Nous arrivons là au vrai débat économique entre ceux qui défendent le système, et ceux qui le combattent. Ecoutons donc un instant ce que disent les avocats du système financier:

« La création monétaire par les états a toujours mené à l’inflation. En effet, si un gouvernement a le pouvoir de création de la monnaie, il va se servir de ce pouvoir pour créer autant de monnaie qu’il faut , pour réaliser les voeux de ses citoyens, et être ainsi réélu. Mais hélas, d’après les lois de l’économie, il est démontré depuis longtemps que l’augmentation de la masse monétaire doit correspondre à une création dans le même rapport des biens et services achetables. Si la masse monétaire croît plus vite que la création des richesses, alors il y a plus de monnaie que de biens à acheter et les prix augmentent, puisque la demande dépasse l’offre… Et l’inflation, qui apparaîtra plus tard, sous un autre gouvernement, , ce n’est bon pour ni pour les salariés, car les salaires réels diminuent et doivent sans cesse être rattrapés par des luttes sociales, ni pour les détenteurs d’économies, qui les voient fondre peu à peu..  »

Cet argumentaire semble solide, c’est celui des économistes et des politiques « bien pensants » …Pourtant il est facile d’y répondre.

Tout d’abord, la création monétaire par le crédit n’est une création monétaire que tant que le crédit n’est pas remboursé. Si le banquier vous fait un crédit, il crée de la monnaie au moment où il approvisionne votre compte avec le prêt demandé, mais il détruit de la monnaie quand vous remboursez votre emprunt. La création monétaire est donc limitée dans le temps. Globalement, les crédits octroyés et les crédits remboursés se compensent, au moins partiellement. Le surplus de crédits octroyés, s’il existe, doit correspondre à l’augmentation des richesses produites. Les périodes de « surchauffe » de l’économie sont celles où les crédits accordés dépassent les remboursements, et les périodes de déflation, celles où les remboursements dépassent les crédits. C’est ainsi que les banques centrales pilotent l’économie, en imposant des taux d’intérêts plus élevés, donc en faisant baisser la demande de crédit, si elle se fait trop importante. Alors, du point de vue de l’inflation, qu’est-ce qui différencie la création du crédit par les états de la création par les banques privées?

L’avocat des banques privées va alors rétorquer l’argument de derrnier ressort:

 » Lorsque la banque privée fait un crédit, l’emprunteur s’engage à rembourser sa dette. S’il ne respecte pas son engagement, la justice et les huissiers feront leur travail . Par contre, si l’état ne rembourse pas son crédit à sa banque centrale, il n’a rien à craindre, il ne va pas s’auto-poursuivre. Ce qui fait que les emprunts faits par les états à eux mêmes sont rarement remboursés… »

Cet argument serait recevable dans la mesure où, la banque centrale est sous la direction de l’état. L’Histoire montre qu’en effet, c’est parfois  le cas. Il est indispensable, pour que la banque centrale crée la monnaie, que celle-ci soit indépendante du gouvernement. Ce n’est en rien une utopie. Avez-vous entendu parler de la séparation des pouvoirs? On admet bien que les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire soient entre des mains différentes. Et le conseil constitutionnel aussi, est indépendant du gouvernement. Notons que si aujourd’hui on observe en France des entorses à ce principe énoncé par Montesquieu dans  » l’esprit des lois« , c’est que la vigilance des citoyens s’est émoussée, manipulés qu’ils sont par les médias à la solde de la finance. Redonner le pouvoir de création monétaire aux états, c’est tout d’abord revenir à la démocratie , caractérisée par la séparation des pouvoirs , et c’est créer un quatrième pouvoir, le pouvoir « monétaire » détenteur du « crédit public ». Ce pouvoir, comme la justice applique les lois, appliquerait les décisions budgétaires de l’assemblée, mais veillerait au remboursement de la dette.

Un pouvoir monétaire indépendant, c’est d’ailleurs ce qui est fait en Europe avec la BCE ( sauf que la BCE n’a pas le droit de création monétaire …)

Pour en finir avec ce faux argument de l’inflation, remarquons  que la  création monétaire incontrôlée, nous l’avons déjà, puisque depuis 2001, la masse monétaire créée par les banques privées  a augmenté en moyenne de 8 % par an.  Comme  le système financier actuel investit dans les actifs qui rapportent un maximum d’ intérêts, on constate  aujourd’hui une création monétaire très supérieure à l’augmentation des biens réels dans le secteur des actifs. Il y a donc, conformément à la théorie, une inflation dans ce secteur: Ce sont les bulles, de l ‘immobilier, par exemple. 

Par ailleurs, dans le système financier actuel, les banques ont tout intérêt à octroyer un maximum de crédit ( aux gens solvables, bien sur) puisque elles y gagnent les intérêts. Donc par le jeu de la publicité , le système bancaire pousse les gens à consommer des crédits, donc tend à créer un maximum de monnaie.

Et enfin, le crédit bancaire demande aux emprunteurs le paiement d’intérèts qui cumulés sur la durée des emprunts, nécessite des quantités de monnaie du même ordre de grandeur que le capital emprunté. Aujourd’hui, les emprunteurs, notamment les états,  n’arrivent à payer ces intérèts qu’en faisant de nouveaux emprunts, donc de nouvelles créations de monnaie…

En conclusion, on peut donc dire que contrairement à ce que disent les tenants du système actuel, c’est  le système bancaire d’aujourd’hui  qui  est générateur d’inflation.

 

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Posté par Gw Gidaz à 18:50
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